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Casting non rémunéré, est-ce légal ? Les droits des comédiens en France

2026-05-08

Vous lisez une annonce. "Court-métrage de fin d'études — non rémunéré. Défraiement repas. Excellente visibilité." Légalement parlant, est-ce qu'on a le droit de vous proposer ça ? Et vous, avez-vous le droit d'accepter ?

La réponse française est plus subtile que "oui" ou "non". Voici ce que dit le Code du travail, ce que tolère l'URSSAF, et ce qu'il faut éviter — surtout quand on est intermittent·e du spectacle.

La règle de base : le travail rémunéré, c'est du salariat

En droit français, dès qu'il y a lien de subordination (vous suivez les directives d'un metteur en scène ou d'un réalisateur, vous êtes sur un plateau organisé, vous respectez des horaires fixés par d'autres), la prestation est juridiquement un contrat de travail. Et un contrat de travail implique un salaire au moins égal au SMIC, des cotisations sociales, et — pour les comédiens — la CCN cinéma ou la CCN audiovisuel ou les conventions collectives spectacle vivant selon le secteur.

Pas de salaire = travail dissimulé. C'est une infraction (Article L8221-1 du Code du travail), passible d'amende pour le donneur d'ordre, et qui peut faire perdre des heures au comédien intermittent qui aurait validé un cachet sur une production fictive.

Les exceptions qui existent réellement

Trois cas où il est légal de jouer sans cachet :

1. Tournage école (clairement encadré)

Un·e étudiant·e en école de cinéma (FEMIS, Louis Lumière, ESEC, INSAS, écoles privées agréées) peut tourner sans rémunérer ses comédiens, à condition que :

  • Le projet soit clairement pédagogique (pas une production commerciale déguisée)
  • L'école délivre une convention écrite
  • Le projet ne soit pas diffusé commercialement (pas de festival payant, pas de TV, pas de plateforme avec revenus publicitaires)

Si vous avez accepté un "court-métrage école" et qu'il finit sur Arte ou Canal+, vous avez le droit de réclamer un cachet rétroactif. La jurisprudence est de votre côté.

2. Bénévolat associatif (avec convention)

Une association loi 1901 peut faire appel à des comédiens bénévoles si :

  • L'activité est non lucrative (pas de billetterie majoritaire, pas de subvention conditionnelle aux représentations payantes)
  • Vous signez une convention de bénévolat explicite
  • Vous gardez la liberté de partir à tout moment

Le risque : beaucoup d'"associations" sont en réalité des entreprises déguisées. Vérifiez toujours le statut SIREN avant d'accepter.

3. Casting en groupe / atelier ouvert

Un·e directeur·trice de casting peut organiser un atelier de quelques heures (jamais une vraie production) pour rencontrer des comédiens. C'est un temps de prospection, pas une prestation. C'est légal et fréquent.

Ce qui n'est PAS légal

  • Une production commerciale (long-métrage, série, pub) qui propose "non rémunéré pour cette fois"
  • Un défraiement seul ("on rembourse tes repas et ton train") sans aucun cachet pour le travail effectué
  • Un "tournage portfolio du réalisateur" qui n'est pas attaché à une école agréée
  • Une plateforme qui héberge l'annonce et prélève un pourcentage du cachet (pratique illégale en France)

Si vous voyez ces pratiques, c'est que la production est soit ignorante de la loi, soit en infraction. Dans les deux cas, vous avez le droit de refuser. Et — argument plus pragmatique — vous avez le devoir de refuser, parce que valider ces pratiques tire le métier vers le bas pour tout le monde.

Le piège du défraiement seul

Beaucoup d'annonces françaises proposent du "défraiement" comme s'il s'agissait d'une rémunération. Ce n'est pas le cas. Le défraiement couvre les frais de déplacement et de repas — c'est obligatoire dès qu'il y a déplacement, même pour un job rémunéré. Ce n'est jamais une compensation pour le travail.

Une annonce "défrayé, pas rémunéré" est juridiquement = "non rémunéré". Si elle décrit une prestation avec lien de subordination, c'est du travail dissimulé.

Pour les intermittents : les heures perdues

Pour valider votre statut d'intermittent du spectacle, vous devez accumuler 507 heures sur les 12 derniers mois (ou 12 derniers mois + 4 mois pour les saisons creuses). Chaque cachet validé compte pour 8 heures à 12 heures selon le type de contrat.

Un cachet "non déclaré" = zéro heure. Un défraiement seul = zéro heure. Un projet d'école sans convention = zéro heure.

C'est pour ça que les comédiens intermittents ont raison d'être strict·es sur la rémunération. Ce n'est pas du capitalisme, c'est de la survie professionnelle.

Comment vérifier rapidement une annonce

Avant d'accepter, vérifiez en 60 secondes :

  1. La production est-elle déclarée ? Recherchez le nom sur Infogreffe ou Pappers.fr. Une SARL ou SAS a un SIREN. Une association a aussi un numéro RNA et un SIRET.
  2. Le projet est-il diffusable commercialement ? Si oui, il faut un cachet — peu importe ce que dit l'annonce.
  3. L'école est-elle agréée ? Si "tournage école" est invoqué, demandez le nom de l'école et vérifiez qu'elle apparaît sur la liste des écoles cinéma reconnues par le ministère de la Culture.

Et nos outils dans tout ça

Sur Mardi matin, on extrait automatiquement la rémunération de chaque annonce, on vérifie le statut Infogreffe de la production, et on flague les patterns d'arnaque (bénévolat sur production commerciale, défraiement seul sur un tournage de plus de 3 jours, demande de paiement pour candidater). Vous voyez le verdict avant de candidater.

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Cet article ne remplace pas un avis juridique personnalisé. Pour les cas litigieux, contactez le Syndicat Français des Acteurs (SFA-CGT) ou le service juridique d'Audiens.